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BARBEY D'AUREVILLY Jules


Très précieux ensemble manuscrit de 10 des plus beaux poèmes autographes donc 5 signés. Montés sur onglets et encartés dans une reliure carton martelé avec monogramme, pièce de titre au dos. (Nous ne citerons que le début des poèmes).

- Caen, 9 Xbre 1834; 4 pages in-4°. Poème autographe signé «Oh! pourquoi voyager?». Ce poème a été publié dans le Gaulois du dimanche du 26 septembre 1908 avec la précision suivante: poésie tirée à 36 exemplaires seulement en 1854.
«Oh! pourquoi voyager as-tu dit, c'est que l'âme se prend de longs ennuis et partout et toujours, c'est qu'il est un désir ardent comme une fl amme
Qui, nos amours éteints, survit à nos amours!
C'est qu'on est mal ici! - Comme les hirondelles,
Un vague instinct d'aller nous dévore à mourir;
C'est qu'à nos coeurs, mon Dieu! vous avez mis des ailes.
Voilà pourquoi je veux partir!
C'est que le coeur hennit en pensant aux voyages,
Plus fort que le coursier qui sellé nous attend;
C'est qu'il est dans le nom des plus lointains rivages
Des charmes sans pareils pour celui qui l'entend;
Irrésistible appel, ranz des vaches pour l'âme
Qui cherche son pays perdu - dans l'avenir;
C'est fier comme un clairon, doux comme un chant de femme.
Voilà pourquoi je veux partir!»...

- Poème en prose, autographe signé intitulé «Niobé», écrit en 1844 et publié dans Rythmes oubliés en 1897; 5 pages in-4°.
«Oui! Vellini, tu as une rivale. Quand ce soir, revenus tous deux de la fête, tu t'es rejetée dans mes bras, mes yeux n'ont pas cherché ton regard et ma bouche a trompé la tienne. Tu étais sur mon coeur et je t'oubliais. Ma pensée t'était infidèle. Vaine d'amour, tu croyais sans doute que je contemplais cette chevelure aux mille serpents d'or, tordus sur le vermillon de tes joues, comme si, vivants, ils en avaient senti la fl amme. Non! ma Vellini, je rêvais au pâle camée de ton diadème; à cette inerte figure de Niobé, mise, comme parure, sur un front jeune, et qui semblait fouler avec dédain, ma Vellini, ta jeunesse, ta beauté, l'Amour et la Vie»...

- Poème autographe signé intitulé «La Beauté», écrit en 1835, dédié à Armance du Vallon. 3 pages in-4°.
«Eh quoi! vous vous plaignez, vous aussi, de la vie!
Vous avez des douleurs, des ennuis, des dégoûts!
Un dard sans force aux yeux, sur la lèvre une lie,
Et du mépris au coeur! - Hélas! c'est comme nous!
Lie aux lèvres? - poison, reste brûlant du verre;
Dard aux yeux? - rapporté mi-brisé des combats;
Et dans le coeur mépris? - Éternel Sagittaire
Dont le carquois ne tarit pas!
Vous avez tout cela, - comme nous, ô Madame!
En vain Dieu répandit ses sourires sur vous!
La Beauté n'est donc pas tout non plus pour la femme
Comme en la maudissant nous disions à genoux,
Et comme tant de fois, dans vos soirs de conquête,
Vous l'ont dit vos amants, en des transports perdus,
Et que, pâle d'ennui, vous détourniez la tête,
Ô Dieu! n'y pensant déjà plus...»

- Poème autographe, intitulé «L'Échanson», daté de Paris, février 1843. 2 pages in-4°, incomplet de la fin.
«Tu ne sais pas, Clary, quand, heureuse, ravie,
Tu me tends ton épaule et ton front tour à tour,
Que dans la double coupe où je puise la vie
Il est un autre goût que celui de l'amour...
Ô ma chère Clary, tu ne sais pas sans doute
Qu'il est derrière nous un funèbre Échanson
Dont la main doit verser d'abord, goutte par goutte,
Dans tout amour un froid poison.
Dès que nous nous aimons, cet Échanson terrible Apparaît,? et grandit, comme un spectre fatal;
Il ne nous quitte plus... présent, quoique invisible,
De l'amour partagé mystérieux vassal»...

- Poème autographe signé intitulé «Le vieux goëland», écrit à l'encre rouge avec les chiffres des strophes en bleu, dédié à Léon Ostrowski.
«C'était un fier oiseau, farouche et solitaire,
Au bec crochu d'or pâle, aux pieds d'ambre, à l'oeil clair,
Arraché tout vivant au rocher, son repaire,
Aux fl ots verts, à la nue, aux brisans, au grand air!
Ils l'avaient pris dans un de ces jours de tempête
Où Satan, sur les mers, déchaîne son Sabbat...
Un harpon lui cassa l'aile au lieu de la tête
Et ils en firent un forçat!
Dans le fond d'une cour aux quatre angles de pierre,
Ils l'avaient interné, ce sauvage reclus,
Qui restait, toujours l'oeil rentré sous sa paupière,
Comme un rêveur qui songe à ce qu'il ne voit plus!
Oh! lui, qui quand la mer se creusait en abîmes
Se plongeait dans sa courbe et remontait au jour,
Comme il a dû souffrir, ce fils des pics sublimes,
Des pierres plates de sa cour!
Comme il a dû souffrir sur la dalle poudreuse
Où son pied se séchait, encor trempé d'éther!
Comme il a dû souffrir de cette vie affreuse
Faite d'ennui du ciel et d'ennui de la mer!
Que je l'ai vu de fois, hérissé dans sa plume,
Le blême oiseau, - fait pierre aussi par la douleur!
Son aile grise était comme un manteau de brume
Pendant sur sa morne blancheur...»

- Poème autographe signé intitulé «Le buste jaune», écrit à l'encre rouge avec les chiffres des strophes en bleu ou noir, dédié au comte
Roselly de Lorgues (mention au crayon). 3 pages in-folio.
«Le Jour meurt, - et la Nuit met le pied sur sa tombe
Avec le noir orgueil d'avoir tué le Jour.
De la patère au sphinx l'épais rideau retombe,
Et le salon désert dans son vaste pourtour
A pris des airs de catacombe.
Et les volets fermés par-dessus le rideau Ont fait comme un cercueil à ma sombre pensée...
Je suis seul comme un mort; - et la lampe baissée
Sous son capuchon noir près de moi déposée
Semble un moine sur un tombeau.
Et les vases d'albâtre au fond des encoignures
Blêmissent vaporeux, mais paraissent encor.
Rien ne fait plus bouger les plis lourds des tentures...
Tout se tait, - excepté le vent du corridor
Qui pleure aussi sur les toitures!
Et par le capuchon de la lampe assombris
Les grands murs du salon semblent plus longs d'une aune...
Et dans le clair-obscur, oscillant, vague, atone,
On voit se détacher un buste, - un buste jaune Bombant d'un angle de lambris.
C'est un beau buste blond, - d'un blond pâle, - en argile,
Moulé divinement avec un art charmant.
Aucun nom ne se lit sur son socle fragile.
Je l'ai toujours vu là, dans ce coin, y restant
Comme un rêve, - un rêve immobile.»

- Poème autographe, intitulé «Te souviens-tu?», écrit à l'encre noire et rouge, dédié à Mlle Marthe Brandès (au crayon).
[1887]; 2 pages grand in-4°.
«Te souviens-tu du soir, où près de la fenêtre
Ouverte d'un salon plein de joyeux ébats,
Tu n'avais pas seize ans les avais-tu? peut-être
Sous le rideau tombé, nous nous parlions tout bas?
Ce n'était pas l'amour que t'exprimait ma bouche,
Mon coeur était trop vieux, trop glacé, trop hautain Pour parler à ton coeur; mais, prophète farouche,
Je te prédisais ton destin.
Et toi, tu m'écoutais, sur la barre accoudée;
Tu me montrais ta nuque, en me cachant ton front,
Et tu restais muette à la cruelle idée
De ce premier amour qui, t'ayant possédée,
Deviendra mon dernier affront!
Nuit, ciel, jardin, massifs, dehors tout était sombre,
Et tu regardais dans ce noir.
Mais ton coeur de seize ans avait encor plus d'ombre
Et là, comme dehors, tu ne pouvais rien voir!»...

- Poème autographe signé, intitulé «L'éventail», écrit dans une curieuse calligraphie, à l'encre rouge.
«Pauvre éventail choisi pour elle De te voir dans ses mains je n'aurai pas l'orgueil!»...

- Poème autographe. Daté de décembre 1851; 1 page in-4°.
«À qui rêves-tu si tu rêve
Front bombé que j'adore et voudrait entr'ouvrir entr'ouvrir d'un baiser pénétrant comme un glaive, pour voir si c'est à moi que tu fais tant souffrir!
O front idolâtré, mais fermé, - noir mystère,
Plus noir que ces yeux noirs qui font la Nuit en moi,
Et dont le sombre feu nourrit et désespère
L'amour affreux que j'ai pour toi!
Je n'ai su jamais si tu penses,
Si tu sens, - si ton coeur bat comme un autre coeur,
Et s'il est quelque chose au fond de ton silence
Obstinément gardé, cruellement boudeur!
Non! je n'ai jamais su s'il était dans ton âme
Une place où plus tard pût naître un sentiment,
Ou si tu dois rester une enfant, quoique femme,
Une enfant! pas même! - un néant!
Un néant qui semble la vie!
Mais qui fait tout oser aux coeurs comme le mien;
Car l'être inanimé qu'on aime, nous défie!
On brûlerait le marbre en l'aimant! - Mais le rien!!
Le rien vêtu d'un corps.» (Vers inachevés.)

- Poème autographe. 1/2 page in-folio. 10 vers signés avec une fl èche transperçant un coeur.
«Tête pâle de ma chimère dont j'ai, sans la comprendre, adoré la pâleur
Tu joins donc maintenant à ce premier mystère,
Le mystère de ta rougeur!
Le vermillon soudain qui te prend au visage,
Quand, ce visage aimé, tu le tournes vers moi,
Est trop brûlant, trop noir, et roule trop d'orage,
Pour être de ton sang, ma Chimère au coeur froid.
Aussi bien le voyant, je me dis et je crois
Que c'est mon propre sang qui passe et monte en toi!»
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