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Pierre-François-Léonard FONTAINE (Pontoise 1762 - Paris 1853)

Lot 6
12 000 - 15 000 €
Résultat: 17 000 €

Pierre-François-Léonard FONTAINE (Pontoise 1762 - Paris 1853)

Vue de la Façade du Palais du Corps Législatif du côté de la Seine. Aquarelle sur traits de crayon noir 31,6 x 25 cm Numéroté «50» en bas à gauche On joint deux plans du Corps Législatif par Fontaine CB SUITE D'AQUARELLES DE VUES DE PARIS Pierre François Léonard FONTAINE (1762-1853), commande du Tsar Alexandre Ier Sans Fontaine, Percier n'aurait pas percé, Paris ne serait pas Paris, Napoléon n'eût pas donné autant de style à son Empire. Né en 1762, Pierre-François-Léonard Fontaine - PFL « acronymerait » on aujourd'hui par goût du raccourci - eût la chance de cheminer quatre vingt onze ans (il meurt en 1853), mais à cent à l'heure. Car pour suivre l'Empereur dont l'adage « ce qui est grand est beau » s'appliquait à toutes les disciplines, il fallait une capacité de travail phénoménale, ainsi qu'une célérité à laquelle on ne pouvait déroger. D'ailleurs après les mises en scènes du couronnement, Percier décroche de l'attelage impérial. Il se consacrera plus spécialement à l'école d'architecture et aux dessins relatifs à leurs publications communes, tandis que Fontaine prend la tête des entreprises impériales parisiennes le 22 février an XIII (13 décembre 1804); avec le titre interminable d « architecte du Palais des Tuileries, du Louvre et dépendances, des manufactures impériales des tapisseries des Gobelins et des tapisseries de la Savonnerie, des magasins de marbre et de tous les bâtiments de la couronne situés dans l'enceinte de la ville de Paris ». Il lui faudra attendre 1813 pour recevoir le titre officiel de Premier Architecte de Sa Majesté l'Empereur et Roi, titre dont il exerçait officieusement les fonctions depuis longtemps. À la Restauration, Louis XVIII, dans un souci de réconciliation nationale, garde en poste de nombreux fidèles de l'Empereur, dont Fontaine, bien qu'il ait été un des fervents admirateurs de Napoléon. Même après les Cents Jours, pendant lesquels il s'était rallié à « l'homme extraordinaire », Fontaine reste en place. Il faut dire que cet artiste intelligent et urbain sait gagner la confiance des puissants vainqueurs de l'Alliance, comme le Tsar Alexandre de Russie et le roi de Prusse. Louis XVIII ne peut maltraiter le guide de ses Majestés dans Paris, l'architecte chez qui le fils du roi de Prusse se rend amicalement. Dans son « Journal », Fontaine se défend de retourner sa veste de manière très prosaïque: « La modestie de ma fortune ne me permettant pas dans la tourmente présente de risquer la perte d'une place ». Ce fin politicien sut donc s'accommoder de tous les régimes depuis ses premiers travaux pour la Convention, en passant par le Directoire, le Consulat, l'Empire, Louis XVIII, Charles X, Louis Philippe, la seconde République, Napoléon III... Même Talleyrand ne fit pas mieux. Il faut dire que ce saurien précoce analysait déjà en janvier 1801 la fragilité de sa faveur: « La chance qui nous met en place me fait voir combien est dangereux le poste que nous allons occuper, et je ne puis me cacher que rien n'est moins certain que la faveur dont nous jouissons aujourd'hui. » Avis aux amateurs de plan de carrière. Le résultat de cette longévité exceptionnelle lui permit de modeler Paris en dirigeant ou en supervisant tous les grands chantiers de la première moitié du XIXème siècle sur un mode néo-classicisant, tâchant de rendre un peu de légèreté à la grandiloquence. Après avoir mis au goût du jour avec Percier la délicieuse Malmaison pour Joséphine, « les étrusques », comme on les surnomme, sont chargés d'aménager le palais de Saint-Cloud et les Tuileries en 1801. Les cérémonies du Sacre en 1804 les accaparent, puis l'Arc du Carrousel au Louvre, terminé en 1807. Le raccordement des Tuileries au Louvre est initié, la rue de Rivoli percée;la restauration de Versailles, les aménagements de Rambouillet, s'effectuent parallèlement aux publications exceptionnelles du duo d'architecte: « Le Recueil des palais, maisons et autre édifices modernes dessinés à Rome », « Le Choix des plus célèbres maisons de Rome et de ses environs », « Le Recueil des décorations intérieures », « Les Résidences de souverains », « Les cérémonies des fêtes et couronnement de l'Empereur Napoléon », « Le Mariage de Marie-Louise ». A la Restauration, ils construisent la Chapelle expiatoire, ils réaménagent le Palais Royal avec les Galeries de Chartres et Orléans, et la Comédie-Française. Après la mort de Percier en 1838, Fontaine se consacre seul aux demeures de la famille d'Orléans avec les châteaux de Neuilly, d'Eu et de Randan. Infatigable, Fontaine ne se résigne à quitter ses fonctions du Louvre qu'en 1847, à 86 ans. La retraite à 86 ans, nouveau slogan? Fontaine en tout cas, coulera des jours heureux jusqu'en 1853. Alexandre Ier (1777-1825) a 24 ans lorsqu'il monte sur le trône de Russie. Frappé par les idées libérales développées par les Lumières et la Révolution Française, il engage son pays dans des réformes progressistes. Il s'attache également au développement des arts, sous toutes leurs formes. Lors de son avènement, ce francophile convaincu maintient la paix établie avec la France, mais en 1805, inquiet des avancées de Napoléon en Allemagne, il entre dans la troisième coalition. Après les défaites d'Eylau et de Friedland en 1807, Alexandre et Napoléon se retrouvèrent à la fameuse entrevue sur le Niémen ou les souverains se jurèrent une éternelle amitié. Le traité de Tilsitt, puis l'entrevue d'Erfurt renforcèrent l'alliance entre les deux souverains. Alexandre admirait Napoléon; féru d'architecture, il embellissait Saint Pétersbourg et voulait se tenir au courant de la manière dont Napoléon transformait Paris. C'est ainsi que le 17 décembre 1808, Fontaine note dans son « Journal »:« Monsieur le Grand écuyer qui est maintenant ambassadeur de Russie nous écrit que l'Empereur Alexandre, désirant connaître journellement et par le moyen d'une sorte de correspondance périodique les ouvrages d'art dont l'Empereur des français embellit la capitale de son empire, il nous avait désigné pour ce travail. Il nous invite en conséquence à lui faire passer de suite par la voie de Monsieur l'ambassadeur de Russie les dessins et les explications de l'un des édifices par lequel nous jugerons convenable de commencer l'entreprise honorable dont il nous a fait charger. » (Journal p. 219) Treize fascicules seront envoyés en Russie entre 1809 et 1815 (actuellement conservés au Musée de l'Ermitage). Chaque livraison comprenait un texte manuscrit accompagnant un ensemble de dessins réalisés par des élèves, Fontaine ayant conservé les originaux, sans doute en vue d'une publication. L'ensemble de Saint Pétersbourg regroupe 105 dessins. Les dessins originaux de Fontaine furent conservés par la famille de l'artiste. Ils furent publiés avec le texte explicatif original dans le « Journal des Monuments de Paris » édité en 1892 par un descendant chez Firmin-Didot. Nous présentons ici le second volume regroupant principalement les dessins ayant trait à l'Assemblée Nationale, au Panthéon, aux marchés publics et aux fontaines agrémentant la capitale. Dans son « Journal », le 20 décembre 1810, Fontaine note l'envoi du onzième numéro qui comprend les dessins du Panthéon et la description des différents travaux qui y ont été fait. Le premier volume, consacré aux aménagements du Louvre et des Tuileries, fut exposé en 1969 au Grand-Palais (Exposition « Napoléon », Paris, éd. RMN, n°261). Cependant l'occupation du duché d'Oldenburg par les troupes françaises amène à une rupture entre les deux souverains, bientôt suivie par une guerre. On connaît la suite désastreuse de ce retournement ainsi que l'épithète dont Napoléon enragé traitait le tsar Alexandre: « Grec du Bas-Empire »... Mais le 31 mars 1814, Alexandre Ier entre dans Paris en compagnie du Roi de Prusse, à la tête d'une armée de plus de 200 000 hommes. Le 4 avril, Fontaine note dans son « Journal »; (p. 392-393) « L'empereur Alexandre a visité aujourd'hui le château des Tuileries, le Musée et le Louvre. Le roi de Prusse y était venu avant-hier. J'ai accompagné ces deux souverains, et j'ai eu à répondre aux questions qu'ils m'ont faites. Leur affabilité est pour nous d'un heureux présage. Déjà la ville de Paris a beaucoup à se louer de leur clémence. Tout porte à croire qu'ils seront modérés dans la victoire, qu'ils n'useront pas du droit de représailles, et que toute entreprise de pillage ou de spoliation est éloignée de leur pensée. Ces deux souverains paraissent vivre dans la meilleure intelligence. Le roi de Prusse habite la maison du Prince Eugène, rue de Lille, et l'empereur de Russie occupe un appartement chez le Prince de Bénévent à l'hôtel de l'Infantado. Le premier est d'une grande taille, il a toute l'apparence d'un soldat, sa figure est sérieuse, son maintien est simple, et malgré les moustaches qu'il porte on trouve dans son air une sorte de décence timide, à laquelle il est difficile de reconnaître le roi vainqueur d'un peuple dont il a reçu tant d'outrages. L'empereur de Russie, le plus bel homme de sa cour, rappelle par ses manières, par la franchise et par la grâce de ses discours les héros vantés de la chevalerie. Il est un peu sourd, et cette infirmité loin de nuire à toutes ses belles qualités semble y ajouter encore, car le désir d'entendre bien l'empêche d'être distrait, et le porte à prêter attention en s'approchant avec affabilité des personnes qui lui parlent. Il s'exprime en français, sans accent, dans les meilleurs termes, et avec une justesse de pensée extraordinaire. Ce qu'il dit est affectueux, sans manière, et jusque dans les moindres choses il sait s'intéresser, par le ton, et par la convenance de ses discours. En voici quelques exemples dans ce qui me concerne. Je ne savais sous quel titre et comment me présenter à lui, lorsqu'il est entré dans le château des Tuileries. Le commissaire provisoire du ministère de l'intérieur, M Benoist, m'ayant chargé de lui faire ouvrir les portes, je m'étais rendu avec le concierge sur le premier palier du grand escalier au pied duquel il est descendu de cheval, accompagné de trois généraux seulement. Le concierge, sans me nommer, a averti l'un des généraux que j'étais l'architecte du Palais. L'empereur aussitôt s'est avancé vers moi, a prononcé mon nom, a demandé des nouvelles de mon ami Percier, et sans me donner le temps de lui faire des offres respectueuses de service, il a ajouté qu'il n'avait pas oublié notre correspondance, et qu'il se flattait que nous voudrions bien la continuer. Voyant ensuite que l'escalier le conduisait à la salle des maréchaux, il me paraît, a-t-il dit en se retournant que la chapelle et la salle de spectacle sont de ce côté; vous voyez qu'après plus de trois années d'interruption dans l'envoi de vos numéros, je ne vous ai pas oublié et que j'ai bien vu les plans que vous m'avez adressés. Après quelques compliments dans un sens aussi flatteur et toujours aussi directs il a vu avec attention chaque partie du Palais dont il a beaucoup admiré la magnificence et la tenue ». Le 10 avril, jour de Pâques, le Tsar demande à Fontaine d'aménager un autel sur la place Louis XV (place de la Concorde) pour un « Te Deum » dans le rite orthodoxe auquel assistent les 40 000 hommes de son armée. Il dresse un portrait avenant du Tsar à l'occasion de cette rencontre: « Il était à diner lorsque je fus introduis près de lui, il s'est sur-le-champ levé de table, et sur ce que je m'excusais d'être venu dans un moment peu opportun, il m'a dit que le temps étant la priorité des hommes occupés, il voulait sur ce point ne me faire aucun tort. Il a pris le plan de Paris, a tracé lui-même avec un crayon l ?étendue, la forme de l'autel qu'il demandait et près quelques mots de cette politesse persuasive que lui seul possède, il a ajouté en me permettant de me retirer que le désir d'avoir quelques relations avec moi lui avait fait oublier que ce dont il me chargeait était d'une importance bien mince pour mon talent. » (Journal p. 404) Après les Cent Jours, le Tsar ne semble plus avoir la même indulgence pour les Français et la France: « La Réserve que l'Empereur de Russie a observé pendant la durée de son séjour, et les soins que l'on a pris d'éloigner de sa personne les français qui auraient pu implorer sa bienveillance, prouvent assez que la conduite de ce souverain a été dictée et que l'on a voulu l'engager à se tenir en garde contre son penchant à la générosité. J'ai eu lieu de reconnaître moi-même qu'il n'était plus pour nous en 1815 ce qu'il avait été en 1814, et dans le peu de rapports particuliers que mes services m'ont procurés avec sa personne je n'ai plus retrouvé cette facilité, j'ose dire cet abandon qui nous charmait l'an dernier », (Journal p. 476). Fontaine, en disgrâce du côté des royalistes pour s'être rallié à Napoléon, organise cependant pour Alexandre Ier une fête militaire près de Vertus, dans les plaines de Champagne. Malgré ses demandes réitérées, il n'arrive pas à obtenir de la maison du Tsar le paiement pour les trois dernières livraisons des Monuments de Paris qu'il lui a envoyées. L'ensemble sur les fontaines publiques est terminé juste après la reddition de Paris. Bien qu'il eût fait antichambre avec Percier à l'Elysée (résidence d'Alexandre Ier à Paris) pour le présenter en personne, il n'obtient pas d'audience. Pressé par le besoin, il vend des bijoux le 28 avril 1816, dont une bague donnée par le Tsar: « Un peu de besoins, beaucoup de dégoûts, quelques craintes sur l'avenir et plus encore le désenchantement, suite ordinaire des jouissances, m'ont déterminer ainsi que mon ami Percier, à convertir en écus les présents que nous tenions de la magnificence de quelques souverains. Nous venons de vendre et j'ai pour ma part tiré 4 900 francs de tous ces inutiles bijoux, dont notre vanité n'avait jamais fait parade, et dont la valeur avait beaucoup diminué à nos yeux dès que nous avons reconnu qu'ils étaient moins la récompense du talent que l'expression d'une politesse d'usage. Je dois cependant avouer qu'en livrant dans ce marché la bague en diamants que j'avais reçue de l'empereur de Russie après le camp des Vertus, celle qui portait son chiffre, j'ai éprouvé des regrets, et sans un peu de dépit dont j'ai déjà précédemment noté la cause, je ne me serais peut-être pas déterminé à vendre ce gage qui rappelle plus particulièrement un prince que j'admire » (Journal p. 520). Fontaine réitèrera par l'intermédiaire de l'ambassadeur de France en Russie ses réclamations, et il semble avoir obtenu satisfaction car il n'en parlera plus. Bibliographie générale: Pierre-François-Léonard FONTAINE, « Journal », 1799-1853, Ecole supérieure nationale des Beaux Arts et Institut français d'Architecture, Paris, 1987, II volumes.
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